Loisirs

De l’oxygène pour survivre au confinement

Au fil des confinements, les Français ont pris le pli d’activités en ligne auparavant effectuées en présentiel. Autant de marchés potentiels pour les start-ups. Après de longs mois de doute quant à un retour à la normale, le télétravail se généralise et de nombreuses études fleurissent sur la santé psychologique des Français. Contre le spleen du salarié, l’intervention du CSE s’impose. Social CSE vous donne quelques idées réconfortantes…

Par Aude Aboucaya.

La crise sanitaire a mis à mal le marché de l’emploi désormais peu dynamique. Il faut savoir que près d’un salarié sur deux est en détresse psychologique, soit une hausse de 7 points par rapport au mois de mai dernier, estime Empreinte Humaine. « Cet épuisement est mesuré sur la base d’enquêtes scientifiques », affirme ce cabinet indépendant spécialisé dans la promotion de la Qualité de vie au travail (QVT) et la prévention des Risques psychosociaux (RPS). Selon la 4e édition du Baromètre de la santé psychologique des salariés français en période de crise, réalisé par OpinionWay et initié pendant le premier confinement, un tiers des salariés est même en état d’épuisement émotionnel sévère. 5 % sont en burn out, maladie qui touche d’ailleurs deux fois plus les managers.

À noter que les arrêts de plus de 30 jours représentent 12 % des arrêts maladie en 2020 (vs 9 % en 2019), souligne le baromètre Absentéisme annuel du groupe de protection sociale Malakoff Humanis, basé sur un panel de 2008 salariés et 405 dirigeants du secteur privé.  Anne-Sophie Godon, directrice de l’innovation au sein du groupe, a précisé au Parisien que « seuls 6 % des arrêts courts (moins d’une semaine), ont pour motif déclaré la Covid-19. C’est peu et c’est loin d’être la 1ère cause d’absentéisme sur les 12 derniers mois ». Toutes durées confondues, les trois premiers motifs des arrêts maladie prescrits sont la maladie ordinaire (29 %), les troubles musculosquelettiques (17 %) et les troubles psychologiques (15 %). Pour autant, la montée des risques psychosociaux est devenue le 2e motif d’arrêts maladie au mois de mai, après la Covid…

Il devient urgent d’apporter un peu d’air aux salariés en souffrance…

« Ce soir, j’arrête Netflix, je me forme ! »

Face à un mal-être grandissant et une motivation professionnelle détériorée, de nombreux salariés officiant dans des secteurs en crise sont contraints de penser à une reconversion. Sonne l’heure de la prise conscience avec le constat parfois d’un déficit de compétences. « Dans ce contexte inédit, la formation peut devenir une opportunité pour reprendre le contrôle de son avenir professionnel, mettre à jour ses compétences… Ce soir j’arrête Netflix, je me forme ! », exhorte l’École Française qui souligne que 30 % de ses apprenants suivent des formations en cours du soir. Confiné chez soi, les journées peuvent paraître longues, poursuit l’organisme. L’École Française permet de choisir et réaliser une formation en ligne certifiante sur 4 semaines, dispensée par des professionnels notamment en cours du soir. À noter : toutes les formations qui y sont proposées sont finançables par Mon Compte Formation. « Depuis le début de la crise, nombreux sont les salariés en chômage partiel ou désireux de préparer leur avenir. Certains ont fait le choix de suivre une formation certifiante pour monter en compétences, garder ou retrouver un emploi… Les raisons sont multiples. Suivre une formation en ligne peut s’avérer stratégique pour profiter de ce temps confiné pour monter en compétences. Rappelons que les formations professionnelles destinées aux adultes sont prises en charge jusqu’à 100 % grâce au droit à la formation (CPF) », explique Thibault Viguier, cofondateur de l’École Française.

Créée en 2015, la plateforme Skilleos qui avait joué la carte de la solidarité lors du premier confinement en rendant accessibles gracieusement plus de 1 000 cours vidéo online aux adultes, étudiants et enfants. Sous forme de modules vidéos, de quiz ou d’exercices interactifs, vos ayants droit ont toujours l’embarras du choix pour enrichir leur spectre de connaissances : webmarketing, design, data, vente, formations en langues, apprentissage du coding et de langages de programmation (HTML, CSS), maîtrise de logiciels comme Photoshop, Excel, apprendre à parler en public ou à mieux gérer son temps, code de la route… Gage de qualité, Skilleos sélectionne avec rigueur des experts reconnus dans leur domaine pour proposer uniquement les meilleurs cours en ligne. Aujourd’hui, ces spécialistes sont plus de 300 à constituer la communauté d’experts Skilleos.

Apprendre à décrypter le monde permet aussi de renouer avec l’extérieur et retrouver le sourire. L’appli Kokoroé porte cette ambition dans son ADN. Si vos bénéficiaires se sentent largués quand on évoque l’IA (intelligence artificielle), le RGPD, ou les soft skills (compétences douces comme l’intelligence émotionnelle, l’esprit critique…), Kokoroé a la solution à votre problème. L’outil forme les salariés aux situations qu’ils rencontreront demain dans leur milieu professionnel. Les cours sont proposés à l’unité ou sous forme de parcours. Un programme citoyen gratuit d’une dizaine de formations est proposé depuis quelques mois.

Mais si l’attrait « Netflix » est plus fort que tout, ne désespérez pas, des alternatives s’offrent à vous…

Apprendre en regardant une série

La Casa de Papel pour parfaire son espagnol ? Quicksand pour parler suédois ou Unorthodox pour améliorer son yiddish ? Qioz propose d’apprendre gratuitement certaines langues étrangères mais aussi de parfaire son français grâce à plus de 1 500 extraits de films, séries TV, clips musicaux ou documentaires à découvrir en VO. L’offre s’est d’ailleurs enrichie fin 2020 du portugais et du chinois. Le conseil régional d’Île-de-France a lancé fin 2018 cette plateforme multilingue gratuite d’e-learning ou télé-enseignement, complétée fin 2019 par l’appli mobile. La Région a prévu une enveloppe de 6 M€ pour ce lancement dans l’optique des Jeux olympiques de 2024. Le programme ne vise pas à transformer l’utilisateur débutant en un internaute bilingue, mais cible une progression de l’apprenant dans des univers professionnels avec leur vocabulaire spécifique. Neuf secteurs ont été définis : la finance, la vente, les transports, la restauration, la communication numérique… Les équipes de Qioz ont « réalisé des enquêtes auprès des professionnels de chaque branche afin d’identifier les situations où se produisent des échanges en langues étrangères avant de mettre au point des lexiques pour une cinquantaine de métiers », a confié au JDD Catherine Dang, directrice de la formation et de la transition numérique chez Humensis. Plus de 2 800 mots et expressions consacrés au vocabulaire des secteurs professionnels étudiés ainsi que 92 vidéos courtes d’interviews de pros en langue étrangère, des saynètes retraçant la vie au travail ont été mis en ligne. Le tout, accompagné d’exercices de compréhension visant l’acquisition d’une dizaine d’expressions et de termes spécialisés. Outre le parcours métier, il est possible regarder des extraits de séries comme Friends ou Westworld avec des défis à réaliser.

Objectif : apprendre sans perdre le contact avec l’extérieur. Le jeu, le sport et d’autres loisirs ont également endossé cette mission.

Du lien social par écran interposé

Parmi les premières activités à avoir été basculées en distanciel : les cours de sport. Il faut dire que de nombreuses applications ou start-ups proposaient déjà des modules vidéos à reproduire chez soi. Seule contrainte : avoir un peu d’espace. Mais les bénéfices sont nombreux. Plus flexibles, ces cours virtuels évitent les temps de trajet et s’adaptent aux contraintes d’emploi du temps des participants. Des activités plus insolites ont fini par passer le cap du virtuel : le théâtre, par exemple. Les jeux de société ont en outre vécu leur grand moment de gloire, notamment sur le site BoardGameArena qui a surchauffé pendant le premier confinement. « En 2020, si 71 % des Français ont joué aux jeux vidéo au moins une fois dans l’année, 52 % déclarent y jouer régulièrement. 53 % sont des hommes et 47 %, des femmes, avec un âge moyen de 39 ans », révèle l’étude coréalisée par Mediamétrie et le Syndicat des éditeurs de logiciels de loisirs (Sell). « L’effet confinement a définitivement fait appartenir à la famille du jeu vidéo les gamers très occasionnels qui y ont vu l’occasion de plus jouer, voire de s’équiper davantage », a déclaré Nicolas Vignolles, délégué général du Sell à l’AFP. En moyenne, les joueurs utilisent deux supports de jeu différents : les smartphones pour 53 % d’entre eux et les consoles de salon ou portables à 51 % des joueurs. L’étude souligne comment le premier confinement a mis en lumière la dimension « anti-isolement » du jeu vidéo. De fait, 52 % des joueurs estiment que « sa pratique permet de créer du lien social », alors qu’un joueur sur 3 déclare qu’elle a permis « de garder le contact avec ses proches ».

« Cela casse des clichés. Heureusement qu’il y avait le jeu vidéo lors du premier confinement, et qu’il est là pour affronter le 2e », poursuit Nicolas Vignolles.

Au jeu égayant la vie des confinés, vient naturellement s’ajouter la musique.

La musique adoucit les mœurs

En 2015, Éric Zorgniotti, violoncelliste et professeur de formation musicale, imagine une méthode ludique et interactive pour faire comprendre les notes et le solfège. L’application Music Crab sur iOs et Android est née. L’enseignant teste alors son jeu éducatif sur des enfants précoces, sur d’autres présentant des troubles de l’apprentissage (dyslexie, autisme…), et en prouve ainsi l’universalité. Music Crab, élaborée en 9 langues, aujourd’hui reconnue par l’Unesco comme ressource numérique pour l’éducation musicale, dispose de 182 niveaux pour devenir un virtuose.

La voix s’avère une autre petite musique. Et Mathieu Gallet (ex-dirigeant de Radio France et l’INA) en est convaincu : le futur est dans la voix et l’audio va s’imposer à l’ère digitale. L’application Majelan dont il est le cofondateur avec l’entrepreneur Arthur Perticoz présente des programmes audio dédiés à l’accomplissement personnel. Portés par des personnalités ou experts, ils se divisent en 4 catégories : créer, s’engager, se comprendre et entreprendre. L’occasion de profiter du confinement pour continuer à se former et s’inspirer ! « La promesse de la version 2 de Majelan est d’aider nos auditeurs et auditrices à se sentir mieux avec eux et elles-mêmes. L’abonnement demeure notre modèle économique », a-t-il déclaré à L’ADN.

La culture à portée de clics

Si les musées sont fermés, il est néanmoins possible d’admirer des œuvres d’art de très près. L’application Arture donne l’occasion de zoomer en haute définition une œuvre pour l’observer dans ses moindres détails. Chaque semaine, l’utilisateur (re)découvre 3 collections de tableaux, sculptures ou objets d’art, assorties de commentaires. « Nous avons constaté que l’utilisation faite des smartphones n’était que très peu consacrée à l’art, l’histoire et le patrimoine, pourtant très diffusés sur les réseaux sociaux. Mais souvent, les œuvres ne sont pas créditées, les droits d’auteur ne sont pas respectés », expliquent Adrien Abdallaoui et Maxime Dubeaux cofondateurs d’Arture. À date, environ 12 000 œuvres de Vermeer, Degas, Corot, Turner, Rembrandt, Pissarro, Rodin… sont disponibles sur l’application. Start-up dédiée à l’art par l’anecdote, Artips, elle, exploite un autre concept : celui du micro-learning. Trois fois par semaine, un mail détaille une anecdote artistique sur une œuvre, un artiste ou un événement culturel. En moins d’une minute, l’utilisateur s’enrichit d’une histoire sympathique. Disponible sous iOS et Android, l’application se déclinera en une version web dans les prochaines semaines.

Plateforme de streaming made in France, Outbuster, qui regroupe des films indépendants français comme étrangers pour tous les styles (comédies romantiques, horreur, action…) permettra à vos bénéficiaires d’élargir leurs horizons cinématograhiques, hors des sentiers battus du blockbuster. Interrogé par le site French Web, Etienne Metras, cofondateur d’Outbuster, indiquait que sa plateforme avait pour objectif de redonner une chance à des films qui n’ont pas connu de sortie en salle en France. « Aujourd’hui à peine 10 % des films produits dans le monde sont diffusés en France. Nous allons donc chercher les pépites au sein de ces films ‘invisibles’, ceux qui émergent sur les réseaux grâce aux festivals et/ou aux succès sur leur territoire d’origine pour les proposer en exclusivité ».

Pour finir sur le volet culture, la rédaction tenait à saluer tout particulièrement une initiative intergénérationnelle de taille, insufflée par deux jeunes issus de la génération Y. Plateforme de séries à lire, Rocambole vous aidera à faire renouer certains de vos bénéficiaires avec la lecture. Certes, ce ne sera pas une mince affaire. Mais le concept Rocambole détaillé dans notre encadré plus bas devrait grandement vous y aider. D’autant que le prix de l’abonnement ne mettra pas à mal votre budget ASC.

Retenez que sans un minimum de goût pour la lecture, bon nombre de loisirs en ligne évoqués dans ce dossier passeraient à la trappe…

(© Photo stokpic de Pixabay).

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